Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin : Une plongée dans l’intimité d’un chorégraphe unique, notre critique !

Le film  Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin réalisé par Tomer Heymann sort aujourd’hui dans les salles de cinéma. Celui-ci nous en apprend plus sur la personnalité du chorégraphe mais aussi sur son travail; on vous révèle notre critique de ce documentaire. 

« La danse est en moi depuis que j’ai conscience de vivre ». Voilà quelques mots sortis de la bouche d’Ohad Naharin, figure de la danse contemporaine et inventeur de la technique de danse qu’est le « Gaga ». La rédaction de danse-et-vous.com s’est rendue à une projection du film « Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin » qui sort aujourd’hui dans les salles. Il nous tardait d’en savoir plus sur la vie de ce chorégraphe de la Batsheva Dance Company dont les performances ne laissent pas de marbre. Le réalisateur Tomer Heymann a eu l’idée de ce film il y a une vingtaine d’années mais il a été réalisé tardivement car Ohad Naharin refusait qu’un documentaire lui soit consacré. Celui-ci a finalement accepté d’être suivi et croyez-nous, le portrait de celui qui est « l’un des plus grands chorégraphes au monde » selon le New York Times, vaut le coup d’œil.

De son enfance au kibboutz au service militaire

Quand on demande à Ohad Naharin pourquoi il danse et comment il a été amené à pratiquer cet art, la réponse est loin d’être précise. Pour cause, la danse a toujours été présente dans sa vie et ce, alors qu’il n’en avait pas encore conscience. Le chorégraphe a toujours aimé danser et même lorsqu’il a quitté son kibboutz pour le service militaire, la danse a continué à le suivre. Il a intégré l’ensemble de musique et de divertissements du Commandement du Nord puisqu’il ne pouvait pas combattre à cause d’une ancienne blessure à la cheville. En pleine guerre du Kippour, divertir s’est avéré quelque chose de particulièrement compliqué vous vous en doutez. Nous comprenons d’autant plus lorsqu’Ohad affirme qu’il y a « un sens très particulier » à son art… Toutefois, bien que l’artiste ait toujours aimé danser, c’est seulement à l’âge de 22 ans qu’il a commencé à prendre des cours et après avoir travaillé avec Yehudit Arnin et John Hill Sagan à Haifa (Israël), c’est aux États-Unis que sa carrière professionnelle va démarrer.

Ses débuts outre-Atlantique et son retour en Israël

La danse a toujours été présente dans la vie d’Ohad Naharin et c’est pourquoi il n’a jamais envisagé celle-ci comme un futur. Il a commencé sa carrière au sein de la Batsheva Dance Company puis il a parfait sa formation au sein de l’école de Martha Graham à New-York puis à la Juilliard School. Progressivement, Ohad a cherché son style ce qui est loin d’être simple. Lorsqu’il a rejoint l’école Mudra de Maurice Béjart à Bruxelles, il a pris conscience qu’il ne pouvait danser des choses qu’il ne voulait pas, que son corps refusait de danser. Ohad Naharin est retourné chez lui en Israël et il a fait la connaissance de la danseuse Mary Kajuwara (qui était membre de la compagnie Alvin Ailey American Dance Theater) qui deviendra sa femme quelques mois après. Bien qu’il fut difficile pour elle de quitter sa vie américaine pour l’Israël, elle est restée aux côtés du chorégraphe jusqu’à sa mort en 2001 (elle est décédée d’un cancer de l’utérus). Un décès qui bouleversera profondément Ohad Naharin mais celui-ci utilisera la danse comme thérapie lors des moments difficiles ce qui l’amènera à créer sa technique de danse hors-norme appelée « Gaga ».

La technique Gaga, un véritable langage du mouvement

Un jour, Ohad s’est blessé à la jambe sur scène. Cette blessure étant importante, les médecins lui ont annoncé qu’il ne pourrait sûrement plus danser. Toutefois, il a entrepris la rééducation et c’est à cette période que son idée d’une technique originale d’approche du mouvement est née : la technique « Gaga ». La particularité de celle-ci réside dans « la nécessité d’écouter son corps ». Selon Natalie Portman qui a essayé celle-ci, « c’est un chemin vers la guérison, les gens soignent leurs blessures grâce à ce langage qui leur permet également de s’exprimer de façon très personnelle ». Cette technique permet de prendre d’avantage conscience de notre mouvement et elle est accessible à bon nombre d’entre nous. C’est ce que nous avons constaté lorsque nous avons visionné le film car divers sont les profils qui assistent aux ateliers de Gaga dance d’Ohad Naharin…

Ohad Naharin, un citoyen en colère

Nous ne pouvions conclure cet article sans vous écrire quelques mots à propos du chorégraphe qui a exprimé plus d’une fois sa colère face aux dérives politiques de son pays. Dans le documentaire, on peut voir sa résistance face au gouvernement israélien qui en 1988, année du jubilée de l’état hébreu, a demandé à ce que les danseurs de la troupe d’Ohad portent des gatkes (qui sont des « caleçons longs ») car leurs vêtements offensaient certains spectateurs juifs ultra-orthodoxes. Refusant d’accepter, le chorégraphe a souhaité démissionné et ses danseurs ont quand à eux choisi de ne pas danser pour exprimer leur désaccord. Cet événement a fait grand bruit et de nombreuses manifestations ont éclaté en guise de soutien aux artistes. Leur pièce Echad mi yodea a finalement pu être jouée mais aujourd’hui encore, Ohad reste très opposé à la politique de son pays comme il l’a souligné en mars dernier lors d’une interview à Tel Aviv : « L’occupation doit cesser… Le politique doit se libérer du religieux. Et il est temps d’apprendre enfin à respecter l’autre et ses droits inaliénables » a-t-il déclaré. Toutefois, notons que bien qu’Ohad soit critique envers la politique de son pays, il ne manque pas d’affirmer qu’il aime celui-ci et c’est sur cette note que nous souhaitons conclure ce passage.

>> Le documentaire « Mr Gaga, sur les pas d’Ohad Naharin » nous a appris bien des choses sur le chorégraphe mais aussi sur sa façon de travailler avec ses danseurs. Nous sommes véritablement rentrés dans l’intimité de Naharin et sa conception si particulière de la danse fait de lui l’artiste qu’il est devenu. Nous vous recommandons vivement d’aller ce voir ce film et on parie que vous en serez… Gaga !

Critique : Meryl Frezal

Crédit photo/vidéo : Sophie Dulac distribution – Capture d’écran

About The Author: Meryl Frezal

Diplômée d'une licence de lettres modernes mention rédaction professionnelle et communication multimédia, je me suis lancée dans le journalisme suite à un stage de fin d'étude par goût de l'écriture et du contact avec les autres. Résultat : Après une expérience de deux années en tant que rédactrice en chef adjointe pour un média, j'ai décidé de lancer mon propre site et de le consacrer à ma passion : la danse bien sûr !

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