Le Presbytère du Béjart Ballet Lausanne, un hommage à Queen et Jorge Donn, notre critique !

Hier, la rédaction de danse-magazine.com s’est rendue au Palais des Congrès à Paris pour voir le spectacle « Le Presbytère », une création du défunt chorégraphe et danseur Maurice Béjart qui a été remise au goût du jour par Gil Roman. C’est parti pour notre critique ! 

danse-magazine.com vous a annoncé la bonne nouvelle il y a quelques mois : « Le Presbytère » du Béjart Ballet Lausanne allait faire son grand retour sur scène pour le plus grand plaisir des amateurs des créations de Maurice Béjart. Le défunt danseur et chorégraphe avait présenté ce spectacle unique en son genre le 17 janvier 1997 sur la scène du Théâtre Chaillot et celui-ci avait connu un certain succès si bien que cette création demeure l’une des plus fameuses de Maurice Béjart. Avant de vous dévoiler ce que nous avons pensé de ce spectacle, peut-être est-il bon d’en dire plus sur les thèmes qu’il aborde et sur ce qu’il souhaite faire passer comme message aux spectateurs, non ? Pour ceux qui sont connaisseurs de l’oeuvre de Béjart, peut-être que vous n’aurez pas besoin de lire ce passage de notre article sur Le Presbytère mais nul doute que certains d’entre vous ne connaissent pas en détails l’histoire de cette création (c’est notre cas !) Comment l’idée d’un spectacle aussi original est-elle venue à l’idée de Maurice Béjart ?

Ce dernier aimait beaucoup la musique du groupe Queen et au fur et à mesure qu’il a eu connaissance des titres du groupe, il a décidé de s’intéresser au leader et chanteur Freddie Mercury, homme brillant qui est décédé à l’âge de 45 ans le 24 novembre 1991 et était porteur du VIH. De plus, monsieur Béjart était très proche du danseur Jorge Donn, un danseur argentin qui a rejoint le ballet du XXe siècle dirigé par le chorégraphe et qui est également décédé du Sida le 30 novembre 1992 alors qu’il était âgé du même âge que Freddie Mercury. Face à ces coïncidences, l’ex chorégraphe a commencé à réfléchir à l’idée d’un ballet qui pourrait rendre hommage à ces hommes. Toutefois, celui-ci ne voulait pas mettre spécifiquement en avant la maladie ou la mort, non.

Queen Perform At Live Aid At Wembley

 Freddie Mercury

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Jorge Donn

Ce que souhaitait Maurice Béjart, c’était rendre hommage à ces personnalités qui sont mortes jeunes : « Ce ne sera pas un ballet sur le sida mais sur les gens qui sont morts jeunes » avait-il déclaré. D’ailleurs, nous comprenons d’emblée que le spectacle ne sera pas lugubre dans la mesure où la première chanson qui est entendue est celle de Queen intitulée « It’s A Beautiful Day » et qui annonce donc la couleur. Ainsi, dans la mesure où Queen avait un univers plutôt rock et Jorge Donn un univers plus classique, le chorégraphe a opté pour un crossover musical ce qui consiste à croiser plusieurs styles de musique. Pour rendre hommage à Freddie Mercury, il a donc choisi quelques uns de ses titres et pour le danseur argentin, il a opté pour la musique de Mozart (qui est mort jeune lui aussi, à l’âge de 35 ans). Plusieurs compostions de celui-ci sont présentes pendant le spectacle comme la « Musique funèbre maçonnique » sur laquelle les vivants sont face à la mort mais aussi « Cosi fan Tutte » qui retentit à nos oreilles lorsque les amoureux se séparent.

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Wolfgang Amadeus Mozart

D’autres musiques comme « Thamos », « Piano Concerto n°21 » mais aussi « Sinfonia Concertante » sont intégrées au spectacle. Si nous vous parlons autant des mélodies, c’est parce qu’elles ne font qu’un avec la danse. On le voit également plus que jamais lorsque les danseurs exécutent leurs chorégraphies sur les chansons de Queen comme « Radio Gaga », « Love of my life » mais encore « A Kind of Magic » mais encore et surtout, le célèbre titre « The Show Must Go On ». D’ailleurs, si vous avez assisté à une représentation du Presbytère, vous avez pu constater que les prestations live de Queen ont été privilégiées, fait que le défunt chorégraphe a expliqué de la sorte : « Quand ils enregistrent en studio, ils sont plus lents, moins portés parle public ». D’ailleurs, que peut-on dire de ce mélange des genres ?

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Ce que nous avons pensé du Presbytère en détails

De notre côté, si il y a bien une chose que nous avons à dire concernant celui-ci, ce que nous n’avons pas réussi à y être réceptif. Non pas que la mise en scène de Gil Roman (qui a succédé à la tête de la compagnie de Béjart à sa mort) ne soit pas réussie mais notre sensibilité n’a pas été ébranlée. Comme l’a dit Maurice Béjart lui-même, « Queen et Mozart, ça choque certains, ça fait sourire beaucoup d’autres […] ». Nous avons aimé les deux genres mais lorsqu’ils ont été réunis, nous n’avons pas adhéré à ce mélange qui pour nous, n’était pas si logique que cela. Cependant, nous avons beaucoup apprécié l’interprétation de Freddie Mercury par le danseur Julien Favreau et les applaudissements du public lors de son passage après le final ont signifié que nous n’étions pas les seuls dans ce cas ! Le solo d’Oscar Chacon qui interprétait Jorge Donn nous a quant à lui particulièrement touché. Autre moment que nous avons apprécié, celui où les danseurs s’entassent tous dans une boite à moitié fermée et dansent ensemble malgré l’espace restreint auquel ils font face (cf photo ci-dessous) mais aussi celui où deux danseurs sont en intimes (la danseuse arbore d’ailleurs une poitrine nue comme vous pouvez le voir à la fin de cette critique) et qu’ils lancent les plumes d’un coussin qu’ils tiennent entre les mains. Le rendu est tout simplement magnifique.

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Quant au passage où le SIDA est évoqué sans l’être vraiment en réalité (puisque chaque lettre de ce mot fait référence à un terme qui n’est pas une référence à la maladie), nous avons également adhéré. En ce qui concerne la projection d’images vidéo de Jorge Donn dans un des rôles les plus fameux de sa carrière alias celui du clown Ninjinsky, cela ne nous a pas laissé indifférent nous plus. Néanmoins, la succession trop rapide des tableaux ne nous laissait pas le temps de les apprécier à leur juste valeur ce qui est un peu dommage. Pour clore le spectacle en beauté, la chanson « The Show Must Go On » a été choisie, un titre symbolique pour montrer que malgré la mort de ces artistes bourrés de talent, la vie doit continuer et le show aussi bien sûr. Parce qu’après tout, « le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat » comme l’a affirmé le jeune reporter Rouletabille dans « Le Mystère de la chambre jaune » de Gaston Leroux, oeuvre qui a notamment inspiré Béjart pour la création de son spectacle…

Pour ceux qui n’ont pas vu Le Presbytère, bien que leur tournée parisienne soit terminée, d’autre dates sont prévues en France :

– Dijon – Zénith – 9 avril

– Lyon – Amphithéâtre 3000 – les 11 et 12 avril

– Nantes – Zénith – 15 avril

– Rouen – Zénith – 18 avril

– Roubaix – Théâtre le Colisée – du 22 au 24 avril

Bon spectacle à tous !

Critique : Meryl Frezal

Crédits photos : Bandeau Hérisson Productions/photos du spectacle – Doron Chmiel/Photo Freddie Mercury – Peter Still/Photo Jorge Donn Julieta Cervantes – New York Times/Portrait Mozart – Johann Nepomuk Della Croce

About The Author: Meryl Frezal

Diplômée d'une licence de lettres modernes mention rédaction professionnelle et communication multimédia, je me suis lancée dans le journalisme suite à un stage de fin d'étude par goût de l'écriture et du contact avec les autres. Résultat : Après une expérience de deux années en tant que rédactrice en chef adjointe pour un média, j'ai décidé de lancer mon propre site et de le consacrer à ma passion : la danse bien sûr !

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