Jean-Jacques Gueudry photographe : « J’aime les photos qui montrent la beauté des gens » (INTERVIEW EXCLUSIVE)

Nous avons connu le photographe Jean-Jacques Gueudry lors d’une compétition de danse sportive à Paris et depuis, nous le suivons tout particulièrement. Nous avons décidé d’en savoir plus sur son parcours et son travail, c’est parti pour une nouvelle interview sur danse-et-vous.com !

Jean-Jacques Gueudry fait partie de ces personnes que nous avons croisé et que nous suivons depuis que nous avons fait sa connaissance. Outre sa sympathie et sa gentillesse, ce photographe professionnel est également très talentueux. Nous avons été séduits par son travail plus d’une fois et c’est pour quoi une interview de lui sur danse-et-vous.com s’imposait. Trêve de bavardages, on vous dévoile tout !

D.E.V – Bonjour J.J Gueudry et merci de répondre aux questions de danse-et-vous.com ! Photographe, vous vous êtes spécialisé dans les photos de danse sportive il y a quelques années. Pouvez-nous nous en dire plus sur votre parcours ?

J.J.G – Bonjour danse-et-vous.com. La photographie m’a envoûté dès l’âge de 14 ans. Mes premières économies ont financé l’achat de mon premier boitier argentique et je n’allais jamais bien loin sans des pellicules dans mon sac. Ce n’était alors qu’un hobby. J’ai la chance de partager ce loisir avec mon épouse Lucie qui est aussi une mordue de photographie. Nous sommes des passionnés d’images. L’arrivée de la photo numérique dans le début des années 2000 a révolutionné la prise de vue et le post traitement. Mon métier d’informaticien se prêtait bien à l’utilisation de ces technologies nouvelles. Alors j’ai franchi le pas vers des boîtiers numériques Pro et des logiciels de correction d’images.  Nous pouvions enfin voir immédiatement le résultat de la prise de vue et là refaire si besoin. Le mode venait de la photographie venait de changer. Et puis c’est en 2010 que je suis devenu photographe professionnel. Avec l’ouverture de mon auto entreprise et commercialisation de mes photos.

D.E.V – Votre fils Jean-François Gueudry pratique la danse sportive (avec sa partenaire Ilmira Yarullina), est-ce lui qui vous a donné envie de vous spécialiser dans ce type de photos ?

J.J.G – En 2008, avec Lucie mon épouse d’une part et Jean-François notre fils et sa partenaire d’autre part, nous avons commencé la danse en compétition. Et c’est tout naturellement qu’à l’occasion de ces compétitions, j’ai pris des images de ce nouveau « monde ».  Bien sûr, mon fils était sur mes photos mais pas seulement. J’ai shooté tous les couples qui entaient là. Jeunes et moins jeunes. Connus et moins connus. À cette époque, il n’y avait pas grand monde autour de la piste pour prendre des photos. Et pour ainsi dire, rien ni personne pour les partager. Les réseaux sociaux étaient balbutiants. Facebook arrivait sur la pointe des pieds en France et Instagram n’existait pas… La Préhistoire quoi. J’ai pris le parti de bâtir une photothèque et j’ai  aujourd’hui 9 années de couples français et étrangers en stock (environ 250.000 images). Avec beaucoup de photos amusantes, insolites, inmontrables  et des collectors.

D.E.V – Vous dansez avec votre femme Lucie Gueudry-Ficara, quels danses pratiquez-vous ensemble et à quel niveau ?

J.J.G – Nous ne pratiquons que la danse sportive en catégorie standard. Et nous sommes arrivés en série A. Ainsi, nous pouvons emporter robes strassées et frac pour suivre notre fils sur ces compétitions internationales pour joindre l’utile à l’agréable. Mais sans jamais oublier nos appareils photos.

D.E.V – Comment avez-vous été amené à travailler avec la FFD et la WDSF ? 

J.J.G – Travailler avec la FFD a été une longue route sinueuse… En 2008, la communication passait par le journal « danse danse danse » et les images étaient produites principalement  par 2 photographes attitrés.  J’ai donc postulé pour être le 3eme.  Après quelques années d’attente et à la faveur d’un changement de bureau fédéral ,ma candidature a été retenue.

La FFD est une association et c’est à titre de photographe bénévole que je suis accrédité comme photographe officiel. La FFD me mandate sur un événement – pas nécessairement de la danse sportive – et couvre les frais de transport, hôtellerie et restauration. Charge au photographe de produire avec son propre matériel un reportage de photos HD couvrant des chapitres comme : les officiels, la salle, les finalistes…

Les photos devant être reçues sous 48 heures par la FFD pour les podiums et finalistes  et sous 3 jours pour le reste du reportage. Un reportage comme un championnat de France occupe 10 heures de prises de vue et environ 20 heures de tri, sélection et post production pour sortir 400 photos ( sur 5000 prises de vues).

Pour la WDSF, être l’un des deux photographes FFD , l’autre étant Loren Tarillon qui à 20 ans est une photographe d’un incroyable talent, que vous devez connaitre. Et si par chance les photos plaisent, les réseaux sociaux font le reste.

D.E.V – Nul doute que la photographie de danse est difficile puisque les sujets sont très souvent en mouvement. Comment vous y prenez-vous pour capturer les corps de la meilleure façon ?  

J.J.G – Ici, ce sont deux points techniques qu’il faut accommoder. La technique photographique propre aux photos de spectacle. C’est-à-dire, peu de lumière et beaucoup de mouvement. Là, il n’y a pas de secret, c’est le matériel –  boitier plein format et objectif à grande ouverture – qui vous permet de capturer une photo nette et précise.  Pour parler un peu technique,  il faut prendre des photos au 1/400eme de seconde dans la pénombre pour figer les mouvements mais laisser rentrer beaucoup de lumière pour la clarté sans trop exagérer sur la sensibilité (ISO).  Nous parlons ici de boîtiers qui coûtent plus de 3.000 euros et d’objectifs qui en valent la moitié. Heureusement que ce matériel professionnel est robuste. Pour ma part, je fais environ 50.000 images par an (10 à 12 reportages) et donc mes boîtiers meurent avant leurs 4 ans.

Mais il y a une seconde compétence qui permet de saisir la meilleure image ; c’est la connaissance du sujet : la danse. Et là je profite honteusement de mon expérience de danseur pour sélectionner le meilleur moment. Car il ne s’agit pas de déclencher n’importe quand mais plutôt d’attendre la bonne position, le bon moment. Dans les danses standards, le bon instant est très prévisible. Mais dans les danses latines, il faut mémoriser les chorégraphies des couples pour choisir le prochain « bon » moment. Il en va de même pour les autres disciplines couvertes par la FFD (boogie, rock, danse artistique…).

D.E.V – En regardant votre travail de plus près, j’ai noté que vous êtes particulièrement sensible aux émotions de tes sujets puisque vous aimez capturer les visages de ceux-là. Est-ce la « touche J.J Gueudry » ? 🙂 

J.J.G – La relation photographe – danseur est presque de l’ordre de l’affectif. Avez-vous déjà souri à quelqu’un que vous alliez prendre en photo ?  Il risque bien de vous rendre votre sourire avec une jolie expression de visage qu’il vous restera à saisir.  J’aime les photos qui montrent la beauté des gens.  C’est un peu cabot mais je recherche à ce qu’ils « s’aiment » sur mes photos.   À quoi bon prendre des photos si les gens ne s’y aiment pas  ?

Les couples de danses sportives nous connaissent, n’ont pas peur d’être photographier et parfois, en ont franchement envie. La photo de portrait est le point culminant de cette relation de confiance entre photographe et ses « modèles ».  Vous l’aurez compris… J’adore le portrait.

La touche JJGueudry-Photographe, c’est un peu différent. Parce que ça va un peu plus loin que l’émotion. Savez-vous que l’on reconnait presque aussi facilement une photo d’un photographe qu’une peinture d’un artiste ? C’est ça réellement ma « touche »  et je vous en livre une part du secret juste après.

D.E.V – Quels sont selon vous, les critères d’une photo réussie ?  

J.J.G – Commençons par l’évidence : le cadrage.  J’aime beaucoup le format portrait car il met en valeur le corps. Le format paysage est lui bien approprié à l’ambiance, l’environnement. Enfin le format carré – qui sera donc produit artificiellement – donne souvent un bon focus sur une attitude, un visage un geste. Le photographe d’aujourd’hui passe plus de temps devant son écran que derrière son boitier. Et c’est donc la qualité de la post production qui arrive en second dans mes critères. C’est probablement en partie ici qu’il y met sa touche personnelle.

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Ensuite  une photo réussie se doit être claire, nette et lumineuse Elle doit vous donner envie de zoomer dessus. Pourquoi  ?  Je l’ignore. Mais le fait est que c’est principalement par le zoom que l’on confirme son impression de «réussite». 

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Puis et c’est essentiel, elle doit vous « parler ». Pour moi, elle doit me donner envie de l‘imprimer, de la mettre dans un cadre. Nous sommes imprégnés d’images visualisées sur des écrans – souvent trop petits – mais c’est bien sur le papier qu’une image est destinée à être exposée. 

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8 – Pour finir, sur quel(s) événement(s) danse peut-on vous retrouver prochainement ?  

J.J.G – À titre personnel, je suis un habitué du German Open de Stuttgart. Chaque été depuis 4 ans je passe une semaine au mois d’août à prendre des milliers de photos du gratin de la danse sportive WDSF. Comble de bonheur j’y retrouve aussi mes amis du Boogie pour leur championnat du monde. Cette année ne dérogera pas à la règle. Ensuite je vais couvrir – à titre personnel  les championnats du monde – de 21 ans dix danses a WETZLER le 24 septembre et  les championnats du monde – de 21 ans Standard à Platja d’aro en octobre. Puis nous nous retrouverons sur piste et en bord de piste aux 3 jours de la Saphir Cup en novembre.

Interview : Meryl Frezal

Crédit photos : Jean-Jacques Gueudry 

 

 

About The Author: Meryl Frezal

Diplômée d'une licence de lettres modernes mention rédaction professionnelle et communication multimédia, je me suis lancée dans le journalisme suite à un stage de fin d'étude par goût de l'écriture et du contact avec les autres. Résultat : Après une expérience de deux années en tant que rédactrice en chef adjointe pour un média, j'ai décidé de lancer mon propre site et de le consacrer à ma passion : la danse bien sûr !

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